Gérard Desquand, Président de l’Institut national des métiers d’art depuis 2013,
inaugure cette série de portraits Journées Européennes des Métiers d’Art 2014 présentant son parcours, son histoire et livre son regard sur les métiers d’art.

« Mon parcours est on ne peut plus « Métiers d’art » dans le sens où il est avant tout un parcours « de terrain » ! Tout d’abord, je suis issu d’une famille de graveurs, à l’heure des choix, quand la question s’est posée j’ai embrassé naturellement cette voie. C’était pour moi une évidence.
J’ai fait mes études à l’Ecole Estienne, dont je suis sorti diplômé en 1970. Il s’agit de l’une des quatre grandes écoles spécialisées. Je ne l’ai toujours pas quittée, puisque j’y enseigne aujourd’hui la gravure !

En 1972, j’ai créé mon entreprise et sept ans plus tard, en 1979, je recevais le titre de Meilleur Ouvrier de France. C’est à ce moment-là qu’a véritablement débuté mon parcours de militant : cette distinction m’a permis de partager ma passion et les exigences de nos métiers avec d’autres artisans et ces rencontres m’ont durablement marqué. Elles m’ont fait prendre conscience de ce que représentait la richesse de ce vaste secteur des métiers d’art et de la nécessité de s’engager pour eux. Dans cette dynamique, j’ai découvert la SEMA (NDLR : la Société d’encouragement aux métiers d’art) pour laquelle j’ai soutenu plusieurs de ses actions en tant que Délégué Régional. J’ai ensuite intégré le Conseil des métiers d’art au sein du Ministère de la Culture en 1994, où je suis resté plus de 10 ans.

© DR Gérard Desquand, 2014

© DR Gérard Desquand, 2014

En 2002, j’ai eu le grand bonheur de prendre part à la création de la toute première édition des Journées des Métiers d’Art (à l’époque, elles n’étaient pas encore européennes !). En 2006, j’ai été nommé Maître d’art, un titre décerné par le ministre de la culture à des professionnels d’excellence qui s’engagent dans la transmission de leurs savoir-faire. C’est ainsi que mon compagnonnage avec Louis Boursier, mon élève, a commencé. Il est aujourd’hui installé à son compte. Entre temps, j’ai rejoint les Grands Ateliers de France, une organisation prestigieuse, qui m’a beaucoup apporté et dont j’ai assuré la Présidence pendant trois ans.

Puis est arrivée la création de l’Institut National des Métiers d’Art, opérateur de l’Etat, structure qui répond enfin aux attentes du secteur. Avoir trois Ministères de tutelle permet de croiser l’économie, la culture et l’éducation. Cette transversalité intrinsèque aux métiers d’art, où interviennent l’artisanat, le commerce et le tourisme autant que la culture et l’enseignement, en fait toute sa richesse.

En juillet 2013, j’ai souhaité prendre la succession de Jean-Michel Delisle, premier Président de l’INMA qui a beaucoup œuvré pour sa création. C’est avec enthousiasme que j’occupe aujourd’hui cette fonction. Mon ambition est de fédérer et rassembler les énergies pour préparer l’avenir de ces métiers. Je suis convaincu qu’ils occupent une place importante dans l’économie de la création et qu’ils peuvent être une source d’emploi conséquente pour les jeunes pour peu qu’on accompagne la mutation de ce secteur particulièrement en termes de formation et d’aide à la création d’entreprise. C’est là que l’INMA en tant que plateforme de rencontre entre les ministères et les professionnels joue un rôle essentiel !

Pour les métiers d’art il est indispensable d’avoir une approche transversale d’où la nécessité d’un organisme unique sous tutelle de plusieurs ministères. Cela nous permet de mener un travail de veille et de prospective efficace au service des pouvoirs publics nationaux et régionaux mais aussi des professionnels.

Après avoir été considérés comme des métiers passéistes, sans avenir, destinés aux jeunes en échec scolaire, les métiers d’art sont redevenus « à la mode » ! C’est le côté positif des excès de la mondialisation. Car s’il y a quelque chose qui n’a jamais changé, ce sont ces valeurs de stabilité, de durabilité et de vérité portées par les métiers d’art, qui en font un secteur chargé d’un passé, mais qui n’a aucun mal à se projeter dans l’avenir. Jamais les écoles d’Arts Appliqués n’ont suscité autant d’intérêt de la part des jeunes ! Parallèlement, nous voyons émerger une prise de conscience du grand public sensible à une recherche d’unicité qu’incarne les métiers d’art. Face à tout ce qui relève du virtuel, de la production sérielle, industrielle, ceux-là s’inscrivent dans « le juste temps », le sur-mesure, l’objet porteur de sens.

Voilà tout l’intérêt des Journées Européennes des Métiers d’Art : mettre en lumière toutes ces femmes et ces hommes sans qui nous n’aurions plus ce patrimoine qui fait de la France le pays de l’excellence des savoir faire. Mais aussi rendre à l’homme toute sa place en mettant en valeur la production de pièces uniques, de petites séries, faites par lui et pour lui. Quand le grand public pénètre dans les ateliers, ce sont de plus en plus souvent des jeunes qu’ils rencontrent. Des jeunes qui se fédèrent, créent des groupements d’intérêts, donnent envie. De toute évidence, c’est bien cette nouvelle génération qui renouvelle le secteur et lui donne une nouvelle couleur. On ne choisit plus ces métiers par défaut, parce qu’il est établi que les métiers d’art constituent une force économique prometteuse, à l’aura internationale très forte !

Les JEMA 2014 mettent cette année à l’honneur le slow-made, mouvement initié par le Mobilier National et l’INMA, pour moi, il s’agit d’une notion centrale. Il ne s’agit pas seulement de consommer autrement (comme cela a pu  être le cas dans les pratiques culinaires avec le regain d’intérêt pour la « slow food »), mais aussi de créer, de fabriquer et de penser autrement.

Le temps juste se situe tout à la fois dans le temps de la réflexion, de la réalisation. Dans ce domaine, j’ai beaucoup appris de mes étudiants en tant qu’enseignant : les élèves trouvent naturellement le temps juste. Longtemps, ces métiers ont été cantonnés à des métiers de reproduction, mais on perçoit aujourd’hui plus nettement que jamais que c’est vers la création qu’il faut s’orienter ! Les jeunes le savent et semblent y œuvrer naturellement.

Le slow-made, c’est ça : prendre le temps de faire les choses et les métiers d’art portent ce parti-pris en incarnant une certaine sagesse, un art de vivre. Les JEMA 2014 vont au travers de leur thématique, « Le temps de la création », relayer résolument ce message. »

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