Métiers d’Art en Franche-Comté : fédérer et promouvoir !

Depuis sa création, en 1990, Métiers d’Art en Franche-Comté est un organisme fédérateur, vivant et actif, existant grâce à l’engagement et au travail de ses membres. Jeanne-Antide Sulter, sa Présidente, répond à nos questions.

Jeanne-Antide Sulter ©

Jeanne-Antide Sulter ©

« Pouvez-vous nous présenter l’histoire et l’activité de votre association ?

MAFC (NDLR : Métiers d’Art en Franche-Comté) est né en 1990 à Besançon  de la volonté de fédérer les professionnels métiers d’art et d’assurer la promotion de leur activité sur le territoire. Soutenue par le Conseil Régional, l’association compte à ce jour 70 adhérents qui en signent la charte.

Elle agit dans plusieurs domaines : l’aide à la commercialisation, à la communication et à la formation. Elle a créé et gère également le site, dont la nouvelle version a été mise en ligne au mois d’octobre dernier. C’est une boutique collective de créations artisanales, ouverte à tous les professionnels métiers d’art français, un portail dédié à l’actualité des métiers d’art et à la mise en valeur des savoir-faire.

Que représente ce rendez-vous annuel des Journées européennes des métiers d’art pour le secteur des métiers d’art en Franche-Comté ?

C’est une opportunité pour les professionnels, souvent  regroupés par secteurs géographiques, de montrer au grand public leur savoir-faire et leurs créations.  En se rendant dans les écoles et les collèges pour faire part aux plus jeunes de leur formation, expériences et parcours, leur but est aussi d’éveiller la curiosité, l’intérêt et, peut-être, de susciter des vocations !

Vous êtes vous-même artisan : quel regard portez-vous sur la thématique de cette année ?

Le thème est parfaitement adapté au travail des artisans métiers d’art. Le temps intervient à toutes les étapes de fabrication de l’objet, même en amont de la création. Si l’artisan semble en être le maître et en quelque sorte « hors du temps », il reste néanmoins bien ancré dans ce dernier, et confronté comme ses concitoyens à sa course.
C’est une thématique difficile à mettre en scène sur des  manifestations ponctuelles et très diversifiées, mais très intéressante.

Avez-vous des attentes spécifiques pour cette édition 2014 des JEMA ?

En temps que Présidente d’une association porteuse de valeurs de professionnalisme, je souhaite que ces journées en soient le véritable reflet. Il faut que le message transmis par ses acteurs et perçu par le public soit clair. Ces activités sont le plus souvent nées d’une réelle passion et restent marquées par la personnalité des individus qui les exercent. Parfois rares, ce sont de véritables métiers. »

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De la cuisine à la céramique : Olivier Ruaud et Alice Urien, céramistes par passion

« Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

L’atelier a commencé en 2004. Nous sommes céramistes : je suis autodidacte, mais Alice a suivi une formation longue : d’abord un bac de céramique, puis un BTS à l’école Olivier de Serres, et enfin une formation en céramique au CNIFOP (NDLR : Centre international de Formation aux Métiers d’Art et de la Céramique) comprenant une spécialisation de 9 mois sur la recherche d’émaux. J’ai moi aussi suivi cette formation.

Olivier Ruaud & Alice Urien ©

Olivier Ruaud & Alice Urien ©

Comment fonctionnez-vous ? Vos œuvres sont-elles des co-créations ?

Nous travaillons indépendamment l’un de l’autre, sauf quelques pièces que nous travaillons à deux.

Racontez-nous : comment en êtes-vous arrivé à vous spécialiser dans la céramique ?

J’ai commencé à m’intéresser à la céramique lorsque j’étais chef de cuisine. J’ai commandé des assiettes au père d’un de mes apprentis, qui était potier. Il m’a répondu : « C’est d’accord, mais tu viens m’aider ! » Ça a été mon premier contact avec la terre.

Ça a été un cheminement, puis en 2000, j’ai décidé d’arrêter mon activité de restaurateur pour me consacrer entièrement à la céramique. À ce moment-là, Alice était en fin de formation : 4 ans plus tard, on créait l’atelier.

Alice Urien ©

Alice Urien ©

Les Journées européennes des métiers d’art sont désormais un rendez-vous annuel attendu : que représentent ces Journées pour vous ?

Nous avons Alice et moi participé à toute les éditions depuis leur création : c’est l’occasion d’ouvrir l’atelier, de proposer des animations, de montrer comment on travaille les pièces, comment on les cuit…

C’est aussi l’occasion de revenir sur la différence qu’il y a entre pratiquer un loisir créatif et être professionnel. C’est toujours enrichissant.

mains & merveilles 2011

Le temps de la création, ou « slow-made », est cette année à l’honneur. Quel regard portez-vous sur cette notion dans votre activité ?

Si je replace la question dans le contexte qui est le mien, je dirai que le milieu de la restauration, dont je suis issu, induit beaucoup de stress, avec deux coups de feu par jour… C’est un tout autre rythme. Les métiers d’art ont de commun qu’ils nécessitent du temps. Celui que j’ai maintenant. On est obligé de prendre le temps, parce que travailler la terre réclame de la réflexion et de la patience.

Si on se dit « il faut que cette pièce soit prête la semaine prochaine », on est sûr de rater. Il faut aussi savoir travailler la terre, la modeler puis la laisser reposer pour lui donner le temps de sécher, de se repose avant d’y revenir, de la retravailler. Il faut environ 15 jours à trois semaines pour réaliser une sculpture ou une pièce en peu complexe, et je ne parle que du temps écoulé entre le bloc de terre pur et la forme achevée, sans compter les étapes de cuisson, d’émaillage et de recuisson !

Nos métiers ont cette spécificité d’être de vieux métiers. Ce sont toujours les mêmes gestes depuis parfois des millénaires, que nous répétons, qu’il faut apprendre, acquérir et maîtriser. Cela aussi exige du temps. »

La Couveuse : dispositif innovant au service des métiers d’art en Corse

Marie-Florence Dabrin est coordinatrice régionale de La Couveuse des entreprises de Corse, un dispositif régional créé en 2003 qui permet aux porteurs de projets de tester la fiabilité de leur entreprise : elle répond à nos questions.

Marie-Florence Dabrin ©

Marie-Florence Dabrin ©

« Pouvez-vous nous présenter le dispositif de la Couveuse et votre rôle au sein de ce dernier ?

Le dispositif de couveuse d’entreprises à l’essai est né en Corse en 2003, fruit de l’observation et de l’expérimentation locale, aux cotés des dispositifs traditionnels d’accompagnement à la création d’entreprise qui permettent une préparation technique, commerciale et financière des projets, mais n’offre pas de réponse spécifique aux futurs créateurs d’entreprises dans leurs besoins de préparation et de formation au métier de chef d’entreprise.

Il manquait en quelque sorte une « phase intermédiaire » permettant à tout candidat à la création d’entreprise de tester son activité in situ pour se familiariser avec la réalité du statut d’entrepreneur, se confronter à la réalité économique et financière de l’entrepreneuriat, mesurer ses propres aptitudes pour devenir chef d’entreprise et surtout leur laisser du temps pour produire avant de se lancer.

Les couveuses accompagnent les entrepreneurs pour répondre aux mieux à leurs besoins en leur permettant de :

–          Tester le projet grandeur réelle afin d’en vérifier la faisabilité et la viabilité économique,

–          Apprendre à entreprendre pour développer ses capacités entrepreneuriales.

Tester son activité en couveuse permet donc de valider son projet de création d’activité en toute sécurité.

Les couveuses mettent donc en œuvre des méthodes, des outils, une pédagogie, un coaching individuel et collectif pour :

–          Garantir un niveau de chiffre d’affaires à la création,

–          Acquérir de l’autonomie en matière de gestion d’entreprises, de prise de décisions… etc.

–          Créer et développer un réseau professionnel

Quelles sont les possibilités offertes par La couveuse pour les entreprises d’artisanat d’art ?

Les artisans d’art et plus généralement les professionnels des métiers d’arts engagés dans des  réflexions liées à la création d’entreprise présentent des caractéristiques particulières : une implication personnelle forte qui nécessite une écoute, primordiale dans ces phases amont du montage de projet, une dimension technologique des projets qui requiert un effort important d’évaluation, et une dimension économique souvent délaissée, à introduire progressivement. Ces particularités nécessitent notamment des modalités d’approches et de diagnostics de projets plus approfondis.

Dans ce cadre, les réponses apportées par la couveuse sont liées à la qualité de l’accompagnement qui permet une prise en compte plus importante des aspects humains dans l’aide au montage de projet. Elle devient alors un outil idéal pour l’apprentissage progressif de tous les aspects liés à l’organisation et à la gestion de l’activité ainsi que pour confronter une production souvent inédite aux réalités du marché.

Pouvez-vous nous présenter quelques actions portées tout au long de l’année auprès des professionnels des métiers d’art ?

Pour compléter ces services habituels offerts par la couveuse et face aux besoins exprimés des artisans d’art quant à la mise en réseau au sein de leur filière et d’appui dans leur circuit de diffusion,  des réponses adaptées sont mises en place comme la création d’un espace dédié aux créateurs sur le site internet de la structure, l’organisation de rencontres professionnelles avec des acteurs du secteur (ex : gérant d’une galerie, responsable d’un syndicat…), la mise en place d’ateliers thématiques (ex : mécénat culturel, financement dédié aux métiers de la création, propriété intellectuelle…), temps d’échanges entre entrepreneurs à l’essai.

Mais aussi, en lien avec notre union nationale, la mise en ligne des créateurs sur un espace dédié du site marchand DAWANDA, des actions de tutorat dans le cadre de conventions de parrainage, l’organisation d’événements spécifiques, la possibilité de participer de façon mutualisée et gratuite aux foires régionales artisanales et agricoles régionales de corse, aux marchés de créateurs… etc. D’une manière générale nous essayons de  mettre en œuvre toute action qui permette une meilleure immersion du créateur face aux réalités professionnelles de son secteur, une rupture de l’isolement propre à des activités qui s’exercent souvent en solo, une optimisation du développement économique de l’activité qui passe souvent par des circuits complexes.

Quelle importance revêt à vos yeux l’existence d’une manifestation telle que les Journées européennes des métiers d’art à échelle de la région ?

Synonyme d’excellence, d’art de vivre  et d’innovation, les métiers d’art sont au cœur du patrimoine insulaire. Or, ces journées organisées régionalement revêtent l’objectif  de transmettre des savoir-faire, le gout pour l’art et la tradition. Elles sont l’occasion de faire découvrir au grand public et notamment aux plus jeunes, un secteur animé par des professionnels de talent qui  font évoluer avec passion ces métiers méconnus parfois  même oubliés et, de faire revivre ces métiers patrimoniaux, de les rendre attractifs et ce, dans un cadre ludique mêlant expositions, rencontres et démonstrations. L’ouverture des ateliers, notamment dans les zones rurales, devrait permettre de concentrer l’attention du public sur des savoirs faire qui ont besoin d’être préservés, voire encouragés.  Cela est encore plus vrai dans notre région, ou toute initiative qui permet de valoriser  une  économie patrimoniale et identitaire peut être porteuse d’une autre forme d’économie plus sociale et solidaire. »

Didier Mutel, graveur d’art taille-doucier en Franche-Comté

« Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Je suis graveur, principalement graveur en taille douce, c’est-à-dire sur métal, et spécialisé dans la gravure en creux – une technique qui a plus de 500 ans ! J’ai créé mon premier atelier en 91, et j’en ai créé par la suite plusieurs autres – ou peut-être est-ce le même qui a évolué au cours des ans !

En 2008, mon maître d’art Pierre Lallier, m’a transmis une partie de son matériel. J’ai alors commencé à chercher un local, que j’ai trouvé en 2009 à Orchamps, dans le Jura – j’aurais souhaité rester à Paris, mais le choix de la province s’est imposé pour des raisons économiques… Finalement, mon atelier et celui que mon maître d’art m’a transmis rouvriront au printemps de cette année ! Cette réouverture est réellement une bonne nouvelle : des ateliers ferment en masse, que l’inverse se produise n’est pas si fréquent et mérite d’être célébré ! Qui plus est, c’est un espace historique : créé en 1793 pendant la Révolution française, il sera tout de même resté de 1793 à 2008 à Paris, pour continuer d’exister dans un nouvel espace…

Didier Mutel, 2014, © Gilles Leimdorfer

Didier Mutel, © Gilles Leimdorfer

Racontez-nous votre parcours : comment devient-on graveur ?

C’est une histoire au long court ! Il m’a fallu 11 ans pour être formé : je suis entré à l’âge de 15 ans à l’Ecole Estienne, où je suis resté 5 ans, avant d’intégrer l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris où je suis resté 2 ans. J’ai ensuite eu besoin de me former à l’impression et j’ai pour se faire intégré l’Atelier National de Création Typographique à l’imprimerie Nationale. Enfin, j’ai passé deux ans auprès de mon maître d’art.

Après mes études, j’ai été pensionnaire à la Villa Médicis à Rome de 1997 à 1999 : c’était une expérience formidable !

Didier Mutel, © Gilles Leimdorfer

Didier Mutel, © Gilles Leimdorfer

Pratiquer un métier comme le mien est un vrai bonheur, un prétexte à vivre des aventures extraordinaires ! Nous avons la chance de vivre des histoires comme celle de la réouverture d’un atelier vieux de plus de 200 ans et elles doivent être racontées ! Bientôt, les visiteurs pourront découvrir une exposition qui rendra hommage à cette longue histoire, à travers le travail croisé de Pierre Lallier et du mien. C’est important que lui soit présent dans ce nouvel espace : c’est avant tout un récit de transmission que nous tissons !

Que représentent pour vous les Journées Européennes des Métiers d’Art ? Avez-vous des attentes particulières pour cette édition 2014 ? 

Dans nos métiers, nous vivons une période de transition, qui pose des questions précises auxquelles les ateliers se doivent de répondre. Le secteur est en crise depuis 1991, et les ateliers doivent constamment se réadapter à de nouvelles contraintes qui nous forcent à nous repositionner. Au sens propre comme au figuré, j’ai personnellement vécu ce repositionnement à travers le déménagement de l’atelier.

Didier Mutel ©Gilles Leimdorfer

Didier Mutel ©Gilles Leimdorfer

Pendant très longtemps, les ateliers étaient des endroits fermés, confidentiels, réservés à quelques connaisseurs. Quand mon maître d’art tenait son atelier, lui n’avait pas besoin d’aller à la rencontre du public : il se devait d’être là, et les gens venaient : ça a changé. Nous avons aujourd’hui besoin d’ouvrir nos ateliers, de communiquer nos besoins, de partager nos expériences avec le public. La convivialité est un enjeu central ! Le fait d’ouvrir ponctuellement, de partager sur un temps défini ce qui constitue l’essence de notre activité s’inscrit parfaitement dans cette dynamique d’ouverture et de communication : c’est ce que permettent les Journées Européennes des Métiers d’Art.

Le temps de la création, honneur. Quel regard portez-vous sur cette thématique

Si je reprends quelques dates : pour se former, il faut 10 ans, pour transmettre un atelier, il en faut 20. On s’inscrit par essence sur de longues périodes. Mais parallèlement, nous évoluons dans une société de l’immédiateté, de l’instantané, avec Internet, les portables… Ce n’est pas antinomique, mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’en pénétrant dans les ateliers, on entre dans une autre temporalité, qui est aussi une culture, porteuse de valeurs qui sont nécessaires.

Didier Mutel, © Gilles Leimdorfer

Didier Mutel, © Gilles Leimdorfer

Il y a des dénominateurs communs dans nos métiers : un humanisme, une exigence, un sens de la précision qu’on retrouve partout, et dont les métiers d’art ne peuvent se départir. Il faut aussi garder à l’esprit qu’on croit tous en ce qu’on fait, on aime tous nos métiers. Et les notions de temps partagé, de générosité sont absolument centrales. »

Aquitaine : valoriser la restauration de monuments historiques par l’artisanat d’art

Marielle Poudou est chargée de mission à la Délégation régionale Aquitaine de la Fondation du patrimoine. Avec Francis Arnaud, Délégué régional, et Claude Jean, Délégué régional adjoint, elle coordonne un projet de rassemblement d’artisans d’art sur la place des Quinconces à Bordeaux. Elle nous présente leur action.

Marielle Poudou © 2014

Marielle Poudou © 2014

«  Pouvez-vous nous présenter cette initiative ?

Il y a quelques mois, la Fondation du patrimoine et la société Célize ont remis le premier Grand prix de l’habillage urbain à la ville de Bordeaux pour le projet de restauration  des colonnes rostrales de la place des Quinconces.

Colonnes rostrales, © P. Della Libera Mairie de Bordeaux

Colonnes rostrales, © P. Della Libera Mairie de Bordeaux

Les Journées européennes des métiers d’art 2014 sont une formidable opportunité d’annoncer cette restauration et de réunir le public au pied de ce monument emblématique et de faire découvrir les artisans talentueux.

Le Village des Métiers d’art rassemblera une dizaine d’artisans, dont certains prennent régulièrement part aux chantiers soutenus par la Fondation du patrimoine, à l’instar de l’entreprise TMH spécialiste dans la restauration de monuments historiques ou de la Fonderie des cyclopes. On retrouvera aussi l’atelier Bernard Fournier, maître-verrier ; l’entreprise Lionel Fernandes, sculpteur ornemaniste ; Caroline Pouëdras, restauratrice de piano ; Fabrice Garnier, ébéniste ; l’association L’outil en main, qui initie les 9-14 ans aux métiers manuels ; L’atelier La Pyramide, spécialisé dans la restauration de céramique ; l’atelier des Renaissances, consacré à la restauration d’œuvres peintes, de cadres et dorures ; et Sièges and Co, gainier et tapissier d’ameublement.

faire pour leur permettre de mieux appréhender art, et des ateliers pour artisanat.

Nous travaillons actuellement sur le programme des temps forts de ces
journées.

À travers quelles autres actions la Fondation du Patrimoine s’implique-t-elle dans le secteur de l’artisanat d’art, en Aquitaine ? 

Au niveau national, la Fondation du patrimoine a créé, l’année dernière, un fond spécifique dédié à la valorisation des métiers du patrimoine. Grâce à ce fond, nous souhaitons sensibiliser le public et tout particulièrement les jeunes à la valeur de ces métiers porteurs de sens et directement reliés au secteur de l’économie, soutenir la formation, encourager les entreprises à transmettre leurs savoir-faire et à former de nouveaux talents.

En Aquitaine, nous communiquerons justement pendant les Journées européennes des métiers d’art sur l’existence de ce fond afin d’encourager les initiatives locales.

Quelle importance revêt l’existence d’une manifestation telle que les Journées européennes des métiers d’art ?

Les JEMA sont une belle opportunité pour offrir de la visibilité aux artisans et faire découvrir au public des métiers d’exception en les rendant accessibles. Ces professionnels doivent être encouragés, la Fondation du patrimoine Aquitaine souhaite y contribuer en s’impliquant dans l’organisation de cet évènement.

Le projet que nous portons a été très bien accueilli par notre siège, mais aussi par les partenaires régionaux de ces Journées et par les artisans ravis de pouvoir se regrouper sur un site au cœur de Bordeaux. Nous donnons dès à présent rendez-vous au public les 5 et 6 avril sur la place des Quinconces ! » 

François Jaillette : du tournage à la restauration, le respect de l’objet comme dénominateur commun

« Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Mon activité consiste à restaurer et à conserver les céramiques d’art, soit tout ce qui est terre et qui a subi une cuisson. Cela regroupe les porcelaines, les faïences, les terre-cuites, les grès…

Je suis installé depuis 1985 en tant qu’artisan : je restaure donc les collections des particuliers, mais aussi  pour les marchands. J’ai débuté mon activité à Evreux avant de m’établir en 1995 à Acquigny, où je suis toujours. J’ai travaillé pour les collections des musées d’Evreux, de Bernay, de Vernon, du Château de Martainville…

François Jaillette  © 2013

François Jaillette © 2013

Racontez-nous : comment devient-on restaurateur de céramique d’art ? 

Meilleur Ouvrier de France en 1997, j’ai commencé par un CAP de céramiste mouleur-tourneur avant d’entrer à la Manufacture Nationale de Sèvres, sur concours. J’y suis resté trois ans et j’y ai fait un apprentissage de tourneur porcelaine, avant de me réorienter vers la restauration. Ce sont des métiers différents mais entre lesquels il existe des liens. Le fait de « savoir fabriquer » aide à la restauration : on connaît les gestes qui ont abouti à la création de l’objet. C’est la méthode qui est différente. On utilise des matériaux autres, et surtout, on travaille à froid, pas de cuisson. L’objet ne doit jamais être altéré par les interventions du restaurateur. C’est une règle d’or. Aussi, chaque restauration doit être réversible dans le temps afin de transmettre aux générations futures des objets en bon état de conservation.

Avant collage, François Jaillette  © 2013

Avant collage, François Jaillette © 2013

 

Objet après restauration, François Jaillette  © 2013

Objet après restauration, François Jaillette © 2013

Que représente pour vous ce rendez-vous annuel des Journées Européennes des Métiers d’Art ? Avez-vous des attentes particulières pour cette édition 2014 ?

Cela fait 3 ans que je participe aux JEMA et je considère que c’est encore le début ! Quand on est prestataire de services comme je le suis, la sensibilisation du grand public nécessite encore plus de temps et d’effort : « concrètement », nous n’avons rien à vendre aux visiteurs… De cette édition, j’espère donc une nouvelle fois aller à la rencontre du grand public et faire découvrir ou faire mieux connaître mon métier – ce que je fais déjà depuis 1985 en participant ou en organisant des expositions.

Les JEMA me permettent, au-delà de l’objectif commercial, de militer pour la reconnaissance de nos métiers. C’est tout l’intérêt d’être présent : faire savoir qu’on existe, qu’on est là. Même s’il reste un travail de communication de terrain à faire pour encourager les visites d’atelier, les Journées Européennes des Métiers d’arts bénéficient d’un support médiatique important. Elles permettent d’aller vers la reconnaissance de ces métiers, qui méritent d’être mieux connus.

Le temps de la création, ou « slow-made », est cette année à l’honneur. Quel regard portez-vous sur cette notion dans votre activité ?

De mon point de vue, je ne parlerai pas de « temps de la création », puisque le but du restaurateur est « d’effacer » en quelque sorte  son travail, d’être constamment dans le respect total de l’objet. Par définition, il ne peut y avoir de création dans le processus de restauration. Mais pour ce qui est du temps, oui, bien sûr qu’il est nécessaire ! Idéalement, il faudrait prendre le temps, mais encore une fois ce n’est pas chose aisée dans nos métiers. Travailler pour des antiquaires, pour des privés, exige de se plier à des contraintes économiques, qui passent bien souvent avant les considérations de temps. Or, la restauration est un travail minutieux, qui réclame un profond respect de l’objet. Le temps est donc nécessaire. Il faut aller dans cette direction ! » 

Quels soutiens aux métiers d’art du marais poitevin au littoral Atlantique : le mot de Corinne Guilloton

Corinne Guilloton © 2014

Corinne Guilloton © 2014

La Chambre des Métiers de l’artisanat de Vendée soutient activement l’artisanat d’art à travers des actions mises en place pour les JEMA, mais aussi tout au long de l’année. Corinne Guilloton, Collaboratrice Communication Chargée des Métiers d’art, s’exprime sur le sujet.

« Pouvez-vous nous présenter les missions du pôle Métiers d’art à la Chambre des Métiers de l’artisanat de Vendée ? Quelles sont les dispositifs mis en place par la CMA auprès des professionnels et futurs professionnels de l’artisanat d’art ?

Ma première mission est de gérer un fichier de professionnels métiers d’art, en lien avec la Mission Régionale. Les professionnels inscrits sont admis sur dossier agréé par la Mission. Pour obtenir ce statut de professionnel Métiers d’Art, il y a une condition : il faut exercer un métier de la nomenclature à titre principal ! 370 entreprises sont actuellement référencées en Vendée et représentent 18,80 % du total régional, le poids régional de l’artisanat vendéen étant de 23 %. Il faut noter que tous les statuts sont pris en compte, y compris celui d’auto-entrepreneur.

Une autre de mes missions est d’apporter un soutien à la commercialisation des professionnels, à travers la mise en place de différentes actions. D’une part, nous sommes présents dans les comités d’organisation et de sélection des manifestations métiers d’art. D’autre part, nous apportons une information suivie aux professionnels, qui porte sur les opportunités de participer à ces manifestations. Nous veillons par ailleurs à apporter un soutien à l’export, en informant et en préparant les professionnels.

Une autre de nos actions est la sensibilisation des professionnels à la commercialisation : cela passe notamment par l’incitation à se former. À titre d’exemple, nous proposons des formations telles que : « Trouver mes clients et les fidéliser », « Réussir sa participation à un salon », « Vendre son savoir-faire patrimoine », « Optimiser son offre touristique »…

La dernière de mes missions est de participer au développement des territoires. Cela passe par l’accompagnement des actions-projets-évènements Métiers d’Art d’envergure régionale, comme Sallertaine (Ville et Métiers d’Art ), les Journées au domaine de Chaligny, les marchés d’été aux Sables d’Olonne… L’un de nos travaux en cours est la mise en place d’un circuit touristique Métiers d’Art en Vendée, en lien avec la plateforme Internet de la Mission qui établira un lien entre zones géographiques et métiers d’art.

Quelle importance revêt l’existence d’une manifestation telle que les Journées européennes des métiers d’art ? 

Cet évènement qui aura pour thème cette année « Le temps de la création » a été imaginé pour promouvoir les valeurs fortes des métiers d’art, au travers de leur richesse et de leur diversité ainsi que pour valoriser le savoir-faire, auprès du grand public. Ce secteur, à forte valeur ajoutée et au poids économique très important, vit grâce aux professionnels de talent qui l’animent et le font évoluer avec passion. Les JEMA sont une véritable opportunité pour participer à un évènement national, mais aussi pour se faire connaître du grand public et par conséquent de futurs clients et prescripteurs. C’est aussi l’opportunité de se développer économiquement, d’améliorer la visibilité et la notoriété des métiers d’art grâce à la communication mise en œuvre, et d’échanger et partager avec les visiteurs. »