Didier Mutel, graveur d’art taille-doucier en Franche-Comté

« Pouvez-vous nous présenter votre activité ?

Je suis graveur, principalement graveur en taille douce, c’est-à-dire sur métal, et spécialisé dans la gravure en creux – une technique qui a plus de 500 ans ! J’ai créé mon premier atelier en 91, et j’en ai créé par la suite plusieurs autres – ou peut-être est-ce le même qui a évolué au cours des ans !

En 2008, mon maître d’art Pierre Lallier, m’a transmis une partie de son matériel. J’ai alors commencé à chercher un local, que j’ai trouvé en 2009 à Orchamps, dans le Jura – j’aurais souhaité rester à Paris, mais le choix de la province s’est imposé pour des raisons économiques… Finalement, mon atelier et celui que mon maître d’art m’a transmis rouvriront au printemps de cette année ! Cette réouverture est réellement une bonne nouvelle : des ateliers ferment en masse, que l’inverse se produise n’est pas si fréquent et mérite d’être célébré ! Qui plus est, c’est un espace historique : créé en 1793 pendant la Révolution française, il sera tout de même resté de 1793 à 2008 à Paris, pour continuer d’exister dans un nouvel espace…

Didier Mutel, 2014, © Gilles Leimdorfer

Didier Mutel, © Gilles Leimdorfer

Racontez-nous votre parcours : comment devient-on graveur ?

C’est une histoire au long court ! Il m’a fallu 11 ans pour être formé : je suis entré à l’âge de 15 ans à l’Ecole Estienne, où je suis resté 5 ans, avant d’intégrer l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris où je suis resté 2 ans. J’ai ensuite eu besoin de me former à l’impression et j’ai pour se faire intégré l’Atelier National de Création Typographique à l’imprimerie Nationale. Enfin, j’ai passé deux ans auprès de mon maître d’art.

Après mes études, j’ai été pensionnaire à la Villa Médicis à Rome de 1997 à 1999 : c’était une expérience formidable !

Didier Mutel, © Gilles Leimdorfer

Didier Mutel, © Gilles Leimdorfer

Pratiquer un métier comme le mien est un vrai bonheur, un prétexte à vivre des aventures extraordinaires ! Nous avons la chance de vivre des histoires comme celle de la réouverture d’un atelier vieux de plus de 200 ans et elles doivent être racontées ! Bientôt, les visiteurs pourront découvrir une exposition qui rendra hommage à cette longue histoire, à travers le travail croisé de Pierre Lallier et du mien. C’est important que lui soit présent dans ce nouvel espace : c’est avant tout un récit de transmission que nous tissons !

Que représentent pour vous les Journées Européennes des Métiers d’Art ? Avez-vous des attentes particulières pour cette édition 2014 ? 

Dans nos métiers, nous vivons une période de transition, qui pose des questions précises auxquelles les ateliers se doivent de répondre. Le secteur est en crise depuis 1991, et les ateliers doivent constamment se réadapter à de nouvelles contraintes qui nous forcent à nous repositionner. Au sens propre comme au figuré, j’ai personnellement vécu ce repositionnement à travers le déménagement de l’atelier.

Didier Mutel ©Gilles Leimdorfer

Didier Mutel ©Gilles Leimdorfer

Pendant très longtemps, les ateliers étaient des endroits fermés, confidentiels, réservés à quelques connaisseurs. Quand mon maître d’art tenait son atelier, lui n’avait pas besoin d’aller à la rencontre du public : il se devait d’être là, et les gens venaient : ça a changé. Nous avons aujourd’hui besoin d’ouvrir nos ateliers, de communiquer nos besoins, de partager nos expériences avec le public. La convivialité est un enjeu central ! Le fait d’ouvrir ponctuellement, de partager sur un temps défini ce qui constitue l’essence de notre activité s’inscrit parfaitement dans cette dynamique d’ouverture et de communication : c’est ce que permettent les Journées Européennes des Métiers d’Art.

Le temps de la création, honneur. Quel regard portez-vous sur cette thématique

Si je reprends quelques dates : pour se former, il faut 10 ans, pour transmettre un atelier, il en faut 20. On s’inscrit par essence sur de longues périodes. Mais parallèlement, nous évoluons dans une société de l’immédiateté, de l’instantané, avec Internet, les portables… Ce n’est pas antinomique, mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’en pénétrant dans les ateliers, on entre dans une autre temporalité, qui est aussi une culture, porteuse de valeurs qui sont nécessaires.

Didier Mutel, © Gilles Leimdorfer

Didier Mutel, © Gilles Leimdorfer

Il y a des dénominateurs communs dans nos métiers : un humanisme, une exigence, un sens de la précision qu’on retrouve partout, et dont les métiers d’art ne peuvent se départir. Il faut aussi garder à l’esprit qu’on croit tous en ce qu’on fait, on aime tous nos métiers. Et les notions de temps partagé, de générosité sont absolument centrales. »

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