Archives mensuelles : janvier 2014

Rémi Paulin revient sur l’engagement de la Fondation du Patrimoine aux côtés des JEMA

« Pouvez-vous nous présenter votre parcours et vos missions au sein de la Fondation du Patrimoine ?

Tout d’abord, la Fondation du Patrimoine est un organisme créé par la loi du 2 juillet 1996 et reconnu d’utilité publique par un décret du 18 avril 1997. Son organisation est nationale, tout en étant présente dans chaque région administrative française (métropole et Outre-mer) et donc dans chaque département. L’action sur le terrain est assurée principalement par du bénévolat (pour idée, on compte environ 500 bénévoles sur tout le territoire), oeuvrant pour la préservation du patrimoine bâti et mobilier, en collaboration avec 70 salariés environ. A la Fondation du Patrimoine depuis plus de 5 ans, je suis l’un des deux chargés de mission régionaux de la Délégation Midi-Pyrénées.

Rémi Paulin, 2014, DR

Rémi Paulin, 2014, DR

La Fondation du Patrimoine a pour but essentiel de contribuer à la sauvegarde, à la restauration et  à la mise en valeur du patrimoine de proximité, prioritairement non-protégé et localisé notamment, et en majorité, en zone rurale. Le patrimoine concerné peut être de différentes typologies : petit patrimoine (pigeonniers, lavoirs, fontaines…), monumental (églises, halles, remparts…), rural (maisons, granges, moulins…)… et recouvrir ainsi plusieurs thématiques : patrimoine religieux, militaire, industriel, naturel…

En conséquence, la Fondation du Patrimoine, grâce aux multiples moyens d’interventions dont elle dispose, peut apporter son concours technique et financier à la réalisation de programmes projetés et concertés de conservation patrimoniale, et soutenir ainsi le maintien et la mise à l’honneur des matériaux et savoir-faire traditionnels, caractéristiques de nos terroirs.

La Fondation du Patrimoine apporte un soutien actif à la manifestation des Journées Européennes des Métiers d’Art : pourquoi ce choix ?

La Fondation du Patrimoine est partenaire de l’INMA au niveau national. En Délégation Régionale Midi-Pyrénées, notre souhait est de logiquement décliner sur notre région cette dynamique de valorisation de toutes les composantes oeuvrant pour la conservation du patrimoine bâti et mobilier ; les JEMA nous permettent tout particulièrement de réaliser cet objectif grâce à la promotion de l’action des métiers d’art qui interviennent dans les processus de conservation – restauration. Pour ce faire, des actions communes auprès du public sont mises en place avec d’autres partenaires : cela peut se décliner par des conférences, des stands d’exposition, des visites de chantiers… Ainsi, sachant que la Fondation du Patrimoine est un partenaire technique et financier de certaines opérations patrimoniales, qui peuvent être publiques (portées par des associations ou des collectivités territoriales), ou privées, l’ouverture au public, pendant les JEMA, de ces chantiers ou sites restaurés permet aux visiteurs d’approcher au plus près le travail des artisans d’art et de mieux appréhender le rôle primordial de leurs interventions en restauration du patrimoine.

Notre Délégation Régionale était déjà présente sur l’édition 2013 d’une des manifestations mises en place – nous avions eu la possibilité de participer à l’évènement régional se déroulant à Saint Lizier (Ariège) où nous avions pu communiquer sur nos missions et les actions réalisées en Midi-Pyrénées.

Pour l’édition 2014, le partenariat s’est poursuivi et intensifié sur notre région, et se traduit par une collaboration resserrée avec tous les collaborateurs régionaux de l’INMA, et une participation à la programmation pour certains lieux. Pour ma part, je travaille en étroite collaboration avec Monsieur Alain Fauré (correspondant régional INMA) et Madame Céline Depond (coordinatrice régionale INMA). Ensemble, nous échangeons sur la promotion de manifestations dans les 8 départements, ou tout du moins essayons de valoriser ceux qui ont fait le choix de s’impliquer fortement. Nos actions sont placées sous l’égide des Chambres Départementales des Métiers et de l’Artisanat qui donnent l’impulsion et organisent les évènements, coordonnées par la Chambre Régionale des Métiers et de l’Artisanat. Le Siège national de la Fondation du Patrimoine, tout particulièrement Madame Katherine El Okbi (Chef de projet Valorisation des Métiers du Patrimoine), guide et conseille également notre Délégation Midi-Pyrénées pour la conduite de ces actions JEMA.

Quelle importance revêt l’existence d’une manifestation telle que les Journées Européennes des Métiers d’Art pour l’artisanat ?

Pour nous, métiers d’art et patrimoine sont intimement liés. Les JEMA ont une importance capitale : la Délégation Régionale Midi-Pyrénées de la Fondation du Patrimoine met un point d’honneur à y participer avec autant d’implication qu’aux Journées Européennes du Patrimoine. Il faut toujours avoir en tête que les métiers de la restauration du patrimoine bâti et mobilier, relèvent pour une grande partie de l’artisanat d’art. À titre d’exemple, sur les éléments patrimoniaux tels que les peintures murales, les retables, les décors sculptés ou encore les vitraux, interviennent des doreurs, des ébénistes, des tailleurs de pierre mais aussi des maîtres verriers, des ferronniers d’art… Les JEMA permettent de concentrer l’attention des publics sur des talents et savoir-faire extrêmement rares, qui ont besoin d’être préservés et encouragés. Ce soutien doit aller jusque dans les aides à leur transmission, sans quoi ils péricliteraient ! À la Fondation du Patrimoine, via notre Siège national, nous nous inscrivons dans cette même volonté, et avons fait le choix de soutenir spécifiquement des actions qui ont trait à la transmission des savoir-faire traditionnels.

La Fondation du Patrimoine est un des précieux acteurs de la sauvegarde du patrimoine : notre volonté est de contribuer à sa conservation tout en le rendant vivant et accessible à tous. Cela passe aussi par la valorisation des professionnels métiers d’art, acteurs indissociables de cette préservation. »

Le mot d’Olivier Brault et d’Hedwige Sautereau de la Fondation Bettencourt Schueller

La Fondation Bettencourt Schueller encourage ceux qui entreprennent dans les domaines des sciences, des arts, de l’action humanitaire et sociale. Reconnue d’utilité publique, elle a été créée en 1987. Olivier Brault, directeur général de la Fondation Bettencourt Schueller, et Hedwige Sautereau, responsable du mécénat culturel, répondent à nos questions.

« Pouvez-vous nous présenter le cheminement qui vous a mené à prendre la tête de la Fondation Bettencourt Schueller ?

En 2012, un changement de génération dans la gouvernance de la fondation familiale a conduit la nouvelle présidente à vouloir choisir un nouveau directeur général. Je crois que vingt-cinq ans d’engagement pour l’intérêt général dans diverses organisations dont plusieurs étaient privées mais d’utilité publique (la fondation Alain Carpentier, la Croix-Rouge française) correspondaient aux attentes de Françoise Bettencourt Meyers qui, dans les trois domaines d’intervention de la Fondation (les sciences de la vie, le secteur social et la culture), entend prolonger et amplifier l’action de la Fondation et son utilité sociale.

Olivier Brault, 2014, DR

Olivier Brault, 2014, DR

Votre Fondation est notamment à l’origine de la création du Prix pour « l’intelligence de la main », un signal fort de reconnaissance de ce secteur d’exception. Comment votre implication auprès des artisans d’art se manifeste-t-elle tout au long de l’année ?

Nous avons deux grands axes d’action tout au long de l’année : le prix pour l’intelligence de la main d’une part, avec l’organisation de l’appel à candidatures, de la sélection, de la remise du prix, le suivi et la promotion des anciens lauréats (ils sont 82 au total en 2013), et, d’autre part, la mise en œuvre et le suivi des nombreuses autres actions dont nous sommes le mécène, pour soutenir des artisans d’art ou, indirectement, des structures ou des institutions qui les aident, les forment, les accompagnent…

La Fondation Bettencourt est mécène des journées depuis leur création en 2002, mais devient cette année mécène national, pour quelle raison ?

À l’approche des quinze ans du Prix Liliane Bettencourt pour l’intelligence de la main et dans un secteur en pleine mutation, nous avons souhaité prendre le temps de réfléchir à la pertinence et à l’impact de notre action en faveur des métiers d’art. Ce temps de réflexion nous a permis d’identifier de façon très précise les nécessités des artisans d’art et cela pour y répondre au mieux. Être mécène national des JEMA après déjà 12 ans d’ancienneté est un premier pas pour répondre à l’un de ces besoins : faire-savoir ce que sont ces métiers : richesse de la culture et du patrimoine français, mais aussi sensibiliser le grand public à ce patrimoine qui nous entoure !

Hedwige Sautereau, 2014, DR

Hedwige Sautereau, 2014, DR

L’artisanat d’art est porteur de valeurs et d’une certaine conception de la création, devant s’inscrire dans un temps long. Quel regard portez-vous sur la thématique « le temps de la création »  ?

Nous en faisons tous le constat : l’accélération du rythme s’impose à presque tous les aspects de notre vie. C’est une mutation profonde qui présente à la fois beaucoup d’avantages et de sérieux inconvénients. À l’inverse, l’univers des métiers d’art a fait le choix de l’atelier qu’il faut rejoindre, de la confrontation à la matière (qui – on le sait – résiste), de la persévérance dans le déploiement d’une vision ou d’un projet, d’un temps qui ne peut se réduire à l’hyper-performance que permettent les technologies. Nous pensons que ce choix a une grande valeur : celle du temps long assumé, celle du recul, celle de la pensée, celle du travail inlassable, celle du triomphe sur les défis, celle de la beauté, celle de la création. Nous pensons aussi que la France ne sera jamais championne du monde de l’hyper-productivité technique mais que son histoire, ses traditions, ses trésors, ses savoir-faire, peuvent s’exprimer dans le temps long et contribuer ainsi au rayonnement de notre culture. »

Le Rectorat de Poitiers s’engage pour les Métiers d’Art

Laurent Scheithauer, inspecteur de l’éducation nationale, est co-organisateur d’un évènement qui se tiendra au Rectorat de Poitiers le 4 avril prochain. Il réunira professionnels métiers d’art, centres de formation, lycées professionnels et la Délégation Régionale ONISEP.

« Comment vos missions vous ont-elles conduit à vous intéresser spécifiquement aux métiers d’art ?

Je suis Inspecteur de l’éducation nationale en charge de l’information et l’orientation : cela fait partie de mes missions de déployer sur le territoire l’information sur les  formations et les métiers dans la Vienne. À ce titre-là, en 2012-2013, j’ai été invité pour prendre part à un Comité de pilotage régional métiers d’art. J’y ai rencontré Ariane Reverdy, Chargée de mission régionale, et Florence Le Roy, Conseillère de développement économique. Est ensuite venu s’ajouter G. Roche de la DRONISEP. C’est comme ça que ça a commencé.

Lors de nos premières réunions, nous avons fait ce constat : l’information sur les JEMA arrive tardivement et les établissements scolaires ne prennent pas suffisamment part aux JEMA. Nous avons donc songé à procéder différemment et de monter un partenariat !

Pouvez-vous présenter le projet plus en détail ?

À l’origine, il y avait le désir d’impliquer des publics diversifiés dans cette manifestation par le partenariat. Différents aspects me séduisaient particulièrement : qu’on puisse faire participer des scolaires comme des adultes, et l’identité européenne de la manifestation, qui me tient particulièrement à cœur.

Il y a eu un déclic lié aux nouveaux locaux du rectorat de Poitier : à l’origine, c’était une abbaye, puis une caserne, avant de devenir les locaux de l’ENSMA (École Nationale Supérieure de Mécanique et d’Aérotechnique), pour finir par être réhabilités et accueillir les services du Rectorat. C’est ce à quoi on a pensé en formulant ce projet : les locaux s’y prêtent ! On peut tout à fait imaginer accueillir entre ces murs des professionnels des métiers d’arts pour des démonstrations.

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Rectorat de l’académie de Poitiers, DR

En plus des démonstrations qui auront lieux au Rectorat, la DRONISEP imagine un jeu qui permettra une approche ludique des métiers d’art.

Trouvez-vous une portée pédagogique à la manifestation annuelle des Journées européennes des métiers d’art ?

Bien sûr ! Et l’idée de notre point de vue en y participant, c’est de s’inscrire pleinement dans une manifestation européenne, mais dans un axe régional. Comme je l’ai dit précédemment, cela fait partie de mes missions : sensibiliser, dans l’ensemble du territoire de la Vienne, les jeunes aux formations qui peuvent leur être proposées. Les Journées Européennes des Métiers d’Art sont une bonne porte d’entrée pour ce faire. L’un des objectifs du projet que nous portons, c’est de casser les stéréotypes : les métiers d’art sont des métiers certes manuels, parfois physiques, mais où la création et l’aspect artistique tient souvent une part importante, et peut intervenir à l’une des phases ou durant tout le temps de la création. Cela intéresse particulièrement les jeunes. »

Le mot de Julien Marchenoir, Brand Equity & Heritage Director chez Vacheron Constantin

« Pouvez-vous présenter votre parcours et ce que recouvrent vos fonctions au sein de Vacheron Constantin ?

Cela fait près de 15 ans que j’ai la chance d’évoluer au sein de maisons prestigieuses alliant héritage et savoir-faire d’excellence. En 2002, alors que je travaille avec plusieurs marques du groupe Richemont au sein de la division horlogère, je prends en charge pour Vacheron Constantin les préparations de célébrations du 250ème anniversaire célébré en 2005. Actuellement, je suis en charge des départements Patrimoine, Image et Communication avec pour mission de mettre en avant la riche histoire de la Maison et de poursuivre les actions de partenariats culturels et de mécénat dans les domaines des métiers d’art et des arts classiques tout en chapeautant la stratégie liée aux nouveaux produits.

© DR Julien Marchenoir, 2014

© DR Julien Marchenoir, 2014

Vacheron Constantin est depuis plusieurs années partenaire des Journées européennes des métiers d’art. Pourquoi ce choix ?

L’histoire de Vacheron Constantin et les Métiers d’Art s’entrelacent depuis plus de 250 ans. Depuis 2011, la Manufacture associe son nom aux Journées Européennes des Métiers d’Art qui, chaque année, veillent à promouvoir et transmettre la culture d’une centaine de savoir-faire parfois séculaires.

C’est pour Vacheron Constantin l’occasion de poursuivre une démarche entreprise il y a des années, lorsque nous avons réalisé qu’il était indispensable d’expliquer tous les différents métiers qui sont nécessaires pour la réalisation de nos garde-temps et pour être pleinement apprécié à leur juste valeur. Ces savoir-faire sont très souvent méconnus, ne serait-ce que de nom. Par exemple, qui connaît le métier d’un glypticien et saurait l’expliquer ?

Les JEMA permettent de mettre ces métiers, et plus particulièrement ces hommes, sur le devant de la scène, afin d’en démontrer leur richesse, leur talent et leur élan créatif.

Quel est selon vous le rôle des Journées Européennes des Métiers d’Art dans la sensibilisation des publics ?

Depuis sa première édition, on remarque un engouement croissant de la part du public et des professionnels. Il faut donc répondre à une demande toujours plus grandissante.

Le rôle principal est d’encourager la transmission des savoir-faire hérités des siècles passés, susciter de nouvelles vocations et démontrer la pertinence de ces métiers pour la création contemporaine.

Depuis plus de 250 ans, la tradition artisanale et la recherche d’excellence façonnent l’identité de Vacheron Constantin. Parmi les 217 métiers recensés par l’Institut National des Métiers d’Art, plus de 20 savoir-faire extérieurs à l’horlogerie participent régulièrement au processus de création au sein de la Manufacture. La mise en avant de ces métiers souvent méconnus est une éthique qui se concentre dans chacun des garde-temps Vacheron Constantin. Soutenir les Journées européennes des Métiers d’Art permet de garder vivace un patrimoine exceptionnel, à l’origine des plus belles œuvres d’art, car nées de la main de l’homme et nourries par le temps.

Le temps de la création n’est pas une notion abstraite pour une manufacture horlogère. Comment votre maison s’inscrit-elle dans cette thématique ?

Cette thématique pour Vacheron Constantin permet de mesurer la valeur du temps à trois niveaux : le temps de l’histoire, car il s’agit souvent de métiers séculaires ; le temps de l’expertise, qui demande des années de pratique ; et le temps de la création, qui fait justement fi du temps qui passe.

Les initiatives pour valoriser et préserver les métiers d’art sont aujourd’hui diverses et il est important qu’elles s’orientent afin de promouvoir le développement de ces métiers vers une production durable et de qualité. Dans cette direction, nous pouvons remarquer que le mouvement Slow Made lancé en 2012 et réunissant les acteurs des métiers d’art, à l’instar de Vacheron Constantin, est désireux de soutenir les créations réalisées « en prenant le temps nécessaire ». Nous avons fait de cette culture d’entreprise une éthique qui guide nos pas dans un XXIème siècle où le temps a tendance à s’accélérer et à oublier l’essentiel.

Quelle est l’implication de votre manufacture dans la programmation européenne, les Journées européennes des métiers d’art ayant pu bénéficier en 2013, grâce à Vacheron Constantin,  de la participation de Milan, Londres et Genève  ?

Depuis quatre ans maintenant, Vacheron Constantin renouvelle avec une ferveur intacte son soutien en faveur des Journées Européennes des Métiers d’Art. Notre engagement a engendré, nous l’espérons, des fondations solides pour permettre à ces manifestations un rayonnement international. Cette année encore, les Journées Européennes des Métiers d’Art se tiendront à nouveau à Londres, Milan et Genève et nous en sommes fiers. Chacune de ces manifestations constitue un rendez-vous intemporel où se rejoignent  la minutie, la précision, l’excellence et la beauté. C’est l’occasion unique de prendre conscience de cet héritage culturel qu’il est essentiel de préserver. Mais aussi d’imaginer toutes les possibilités de le faire vivre en symbiose avec le monde d’aujourd’hui. »

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Laura Miguel, coordinatrice en Espagne des JEMA : une vision européenne de l’artisanat d’art

L’artisanat en Espagne se distingue par sa singularité et sa qualité exceptionnelle. La Fundesarte, Fondation Espagnole pour l’Innovation dans l’Artisanat, œuvre à promouvoir et à valoriser l’artisanat d’art. Laura Miguel, coordinatrice en Espagne des JEMA, répond à nos questions.

« Pouvez-vous nous présenter votre votre parcours et votre rôle au sein de Fundesarte ?
Je travaille au sein de cette institution depuis 5 ans comme responsable de projets européens. La Fundación Española para la Innovación de la Artesanía (Fundesarte) est l’organisme public chargé de la promotion de l’artisanat d’art espagnol, à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières. Il s’agit d’une entité à but non lucratif, placée sous la tutelle du Ministère de l’Industrie, de l’Énergie et du Tourisme, dont le principal objectif est l’amélioration de la compétitivité des entreprises d’artisanat d’art.

Laura

En tant que coordinatrice des Journées Européennes des Métiers d’Art en Espagne, que représente à vos yeux une manifestation de cette ampleur pour le secteur de l’artisanat d’art ?
C’est une belle opportunité pour présenter au grand public les métiers d’art, ainsi que l’excellence, la qualité et le talent des artisans d’art espagnols.
Le projet est encore très jeune en Espagne : les JEMA n’en sont ici qu’à leur troisième édition – mais nous souhaitons les instituer comme l’un des événements annuels à ne pas manquer, comme c’est déjà le cas pour les Prix Nationaux de l’Artisanat que nous organisons.
Au regard de la situation socio-économique de l’Espagne en particulier, et de l’Europe en général, les experts prévoient que l’économie pourrait être réactivée par les petites et moyennes entreprises : en Espagne, 95% des entreprises d’artisanat d’art sont des micro-entreprises. Les JEMA représentent dès lors une belle opportunité : pendant trois jours, les entreprises se révèlent, montrent leur savoir-faire et leurs productions, transmettent des valeurs culturelles, mais aussi donnent à comprendre la beauté et l’exclusivité du travail fait main.

Quelle importance accordez-vous à la coopération européenne dans ce secteur ?
Tout au long de nos expériences et de nos projets communs avec les autres pays européens, nous avons pu constater combien nos contextes et besoins étaient similaires : le peu de poids économique du secteur des métiers d’art en comparaison avec celui du secteur industriel est l’une des similitudes. Pour cela, Fundesarte a créé avec l’INMA « EUROART », le réseau européen des métiers d’art. Celui-ci a pour but de permettre de coordonner des différentes institutions publiques en charge des métiers d’art pour défendre les intérêts des métiers d’art à échelle européenne d’une seule voix. L’un des objectifs d’EUROART est de donner de la visibilité au secteur, notamment en organisant des événements à l’échelle internationale pour promouvoir les métiers d’art : les JEMA s’inscrivent dès lors parfaitement dans cette dynamique.
Grâce à l’Institut National des Métiers d’Art, voilà trois ans déjà que les JMA se sont convertis en JEMA ! Chaque année, ce sont de plus en plus de régions et de pays européens qui se joignent à cette grande célébration autour des métiers d’art. L’un de nos objectifs est que tous les pays viennent à y participer, dans un futur pas si lointain.

Fundesarte accorde une importance particulière à la qualité et la durabilité dans l’artisanat. Quel regard portez-vous sur le thème de la manifestation : « le temps de la création » ?
C’est une belle expression ! Les produits faits main ont besoin d’un espace et d’un temps spécifique, mais aussi d’une expertise acquise sur de nombreuses années et plusieurs générations pour atteindre leurs buts : qualité, personnalisation, exclusivité et unicité. Il est bon de le rappeler au grand public, souvent peu conscient de ces spécificités.
D’autre part, j’interprète le temps de la création comme une opposition au
temps de la crise. On dit en Espagne « reinventarse o morir » (se réinventer ou mourir) et les métiers d’art  se sont réinventés tout au long de l’histoire : leur créativité et leurs capacités d’adaptation participent de leur subsistance. Le temps de la création est arrivé. »

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Le mot de Laurent Munerot, président de la Chambre Régionale de Métiers et de l’Artisanat d’Île-de-France

 La Chambre Régionale de Métiers et de l’Artisanat d’Île-de-France œuvre à maintenir un tissu artisanal dense dans la région et à promouvoir la qualité de l’artisanat tout en  soutenant l’innovation.  Laurent Munerot, président de la Chambre Régionale de Métiers et de l’Artisanat d’Île-de-France, répond à nos questions.

« Pouvez-vous nous présenter votre parcours et ce que recouvrent vos fonctions de Président de la Chambre Régionale de Métiers et d’artisanat d’Île-de-France ?
Je suis depuis 2010 président de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA) de l’Essonne et viens d’être élu en tant que président de la Chambre Régionale de Métiers et de l’Artisanat d’Ile-de-France. Mon rôle est d’assurer la représentation de l’artisanat au niveau régional, de coordonner l’exercice des missions des huit CMA départementales et d’être l’interlocuteur des institutions régionales, notamment en formation professionnelle et en développement économique.

© DR Laurent Munerot, 2014

© DR Laurent Munerot, 2014

Quelles sont les missions de la CRMA dans le secteur de l’artisanat d’art tout au long de l’année ?
Nos missions sont d’animer, coordonner et développer les actions de promotion et de valorisation des Métiers d’Art francilien avec le réseau des référents Métiers d’Art dans les 8 CMA départementales et également l’ensemble de nos partenaires (INMA, ISM, Conseil régional d’IdF, la Mairie de Paris, Ateliers d’Art de France…) œuvrant pour ce secteur menacé de l’économie nationale.
La CRMA Île-de-France réunit, deux fois par an, une commission des Métiers d’Art avec des élus CRMA et nos partenaires pour faire le point sur nos actions indépendantes ou en partenariat, en cours et en projet :
–  La coordination des JEMA avec l’INMA
–  La gestion du dispositif du Conseil Régional d’Ile-de-France d’aides financières pour participer à des salons professionnels Métiers d’Art
–  Notre présence au Salon International du Patrimoine Culturel avec les Ateliers d’Art de France
–  L’organisation du Carrousel des Métiers d’Art et de Création où sont invités tous nos partenaires
–  Notre programme de missions à l’export (Montréal, Québec, New York, les Emirats Arabes Unis) pour les Métiers d’Art franciliens) ouvert très largement aux Métiers d’Art
–  La labellisation des EPV (entreprises du Patrimoine Vivant) avec l’ISM
Cette liste n’est bien évidement pas exhaustive.

Pour l’artisanat en Île-de-France, quelle importance revêt l’existence d’une manifestation telle que les Journées Européennes des Métiers d’Art ?
Les Métiers d’Art en Île-de-France représentent environ 6 000 entreprises artisanales, qui sont pour la majorité des très petites entreprises. Ces entreprises se localisent partout en Île-de-France, dans les villes et les campagnes, mais elles manquent cruellement de visibilité pour le grand public. Les JEMA permettent à ces entreprises d’avoir un coup de projecteur dans tous les territoires, au même moment, le temps d’un week-end en leur permettant d’ouvrir leurs ateliers la plupart du temps invisibles. Cette mise en lumière avec une importante communication totalement gratuite permet à ces entreprises de montrer leur savoir-faire et leur production pour développer une clientèle, parfois faire découvrir et promouvoir auprès des parents et de leurs enfants de très beaux métiers, où ils pourront s’épanouir professionnellement.

Comment percevez-vous les métiers d’art en tant que Président de la Chambre Régionale de Métiers et de l’Artisanat d’Ile-de-France ?
Les entreprises artisanales Métiers d’Art d’Ile-de-France bénéficient d’une excellente image du « Made in France » et plus encore du « Made in Paris », ou devrait-on dire maintenant du « Made in Grand Paris ». Cette image de tradition, de savoir-faire d’excellence est un vecteur qui parle à la clientèle étrangère. Cette dernière rêve d’avoir un petit morceau de Paris sur elle ou chez elle, que ce soit dans la Mode ou dans la décoration d’intérieur pour ne citer que deux secteurs des Métiers d’Art. Ces activités dans l’économie française, bien que n’étant pas prépondérantes en terme de nombre d’entreprises, sont un formidable « étendard » pour l’exportation française à l’étranger, que ce soit en allant vendre dans les pays étrangers mais également en travaillant avec les étrangers qui viennent à Paris pour chercher des métiers qui n’existent pas chez eux.
Oui, les entreprises artisanales Métiers d’Art exportent à l’étranger sur des niches haut de gamme et du luxe. Elles participent pleinement à l’effort national pour redresser notre balance commerciale, largement déficitaire depuis plusieurs années, et ce à hauteur d’un chiffre d’affaires annuel de 110 millions d’euros. »

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Gérard Desquand, Président de l’Institut national des métiers d’art depuis 2013,
inaugure cette série de portraits Journées Européennes des Métiers d’Art 2014 présentant son parcours, son histoire et livre son regard sur les métiers d’art.

« Mon parcours est on ne peut plus « Métiers d’art » dans le sens où il est avant tout un parcours « de terrain » ! Tout d’abord, je suis issu d’une famille de graveurs, à l’heure des choix, quand la question s’est posée j’ai embrassé naturellement cette voie. C’était pour moi une évidence.
J’ai fait mes études à l’Ecole Estienne, dont je suis sorti diplômé en 1970. Il s’agit de l’une des quatre grandes écoles spécialisées. Je ne l’ai toujours pas quittée, puisque j’y enseigne aujourd’hui la gravure !

En 1972, j’ai créé mon entreprise et sept ans plus tard, en 1979, je recevais le titre de Meilleur Ouvrier de France. C’est à ce moment-là qu’a véritablement débuté mon parcours de militant : cette distinction m’a permis de partager ma passion et les exigences de nos métiers avec d’autres artisans et ces rencontres m’ont durablement marqué. Elles m’ont fait prendre conscience de ce que représentait la richesse de ce vaste secteur des métiers d’art et de la nécessité de s’engager pour eux. Dans cette dynamique, j’ai découvert la SEMA (NDLR : la Société d’encouragement aux métiers d’art) pour laquelle j’ai soutenu plusieurs de ses actions en tant que Délégué Régional. J’ai ensuite intégré le Conseil des métiers d’art au sein du Ministère de la Culture en 1994, où je suis resté plus de 10 ans.

© DR Gérard Desquand, 2014

© DR Gérard Desquand, 2014

En 2002, j’ai eu le grand bonheur de prendre part à la création de la toute première édition des Journées des Métiers d’Art (à l’époque, elles n’étaient pas encore européennes !). En 2006, j’ai été nommé Maître d’art, un titre décerné par le ministre de la culture à des professionnels d’excellence qui s’engagent dans la transmission de leurs savoir-faire. C’est ainsi que mon compagnonnage avec Louis Boursier, mon élève, a commencé. Il est aujourd’hui installé à son compte. Entre temps, j’ai rejoint les Grands Ateliers de France, une organisation prestigieuse, qui m’a beaucoup apporté et dont j’ai assuré la Présidence pendant trois ans.

Puis est arrivée la création de l’Institut National des Métiers d’Art, opérateur de l’Etat, structure qui répond enfin aux attentes du secteur. Avoir trois Ministères de tutelle permet de croiser l’économie, la culture et l’éducation. Cette transversalité intrinsèque aux métiers d’art, où interviennent l’artisanat, le commerce et le tourisme autant que la culture et l’enseignement, en fait toute sa richesse.

En juillet 2013, j’ai souhaité prendre la succession de Jean-Michel Delisle, premier Président de l’INMA qui a beaucoup œuvré pour sa création. C’est avec enthousiasme que j’occupe aujourd’hui cette fonction. Mon ambition est de fédérer et rassembler les énergies pour préparer l’avenir de ces métiers. Je suis convaincu qu’ils occupent une place importante dans l’économie de la création et qu’ils peuvent être une source d’emploi conséquente pour les jeunes pour peu qu’on accompagne la mutation de ce secteur particulièrement en termes de formation et d’aide à la création d’entreprise. C’est là que l’INMA en tant que plateforme de rencontre entre les ministères et les professionnels joue un rôle essentiel !

Pour les métiers d’art il est indispensable d’avoir une approche transversale d’où la nécessité d’un organisme unique sous tutelle de plusieurs ministères. Cela nous permet de mener un travail de veille et de prospective efficace au service des pouvoirs publics nationaux et régionaux mais aussi des professionnels.

Après avoir été considérés comme des métiers passéistes, sans avenir, destinés aux jeunes en échec scolaire, les métiers d’art sont redevenus « à la mode » ! C’est le côté positif des excès de la mondialisation. Car s’il y a quelque chose qui n’a jamais changé, ce sont ces valeurs de stabilité, de durabilité et de vérité portées par les métiers d’art, qui en font un secteur chargé d’un passé, mais qui n’a aucun mal à se projeter dans l’avenir. Jamais les écoles d’Arts Appliqués n’ont suscité autant d’intérêt de la part des jeunes ! Parallèlement, nous voyons émerger une prise de conscience du grand public sensible à une recherche d’unicité qu’incarne les métiers d’art. Face à tout ce qui relève du virtuel, de la production sérielle, industrielle, ceux-là s’inscrivent dans « le juste temps », le sur-mesure, l’objet porteur de sens.

Voilà tout l’intérêt des Journées Européennes des Métiers d’Art : mettre en lumière toutes ces femmes et ces hommes sans qui nous n’aurions plus ce patrimoine qui fait de la France le pays de l’excellence des savoir faire. Mais aussi rendre à l’homme toute sa place en mettant en valeur la production de pièces uniques, de petites séries, faites par lui et pour lui. Quand le grand public pénètre dans les ateliers, ce sont de plus en plus souvent des jeunes qu’ils rencontrent. Des jeunes qui se fédèrent, créent des groupements d’intérêts, donnent envie. De toute évidence, c’est bien cette nouvelle génération qui renouvelle le secteur et lui donne une nouvelle couleur. On ne choisit plus ces métiers par défaut, parce qu’il est établi que les métiers d’art constituent une force économique prometteuse, à l’aura internationale très forte !

Les JEMA 2014 mettent cette année à l’honneur le slow-made, mouvement initié par le Mobilier National et l’INMA, pour moi, il s’agit d’une notion centrale. Il ne s’agit pas seulement de consommer autrement (comme cela a pu  être le cas dans les pratiques culinaires avec le regain d’intérêt pour la « slow food »), mais aussi de créer, de fabriquer et de penser autrement.

Le temps juste se situe tout à la fois dans le temps de la réflexion, de la réalisation. Dans ce domaine, j’ai beaucoup appris de mes étudiants en tant qu’enseignant : les élèves trouvent naturellement le temps juste. Longtemps, ces métiers ont été cantonnés à des métiers de reproduction, mais on perçoit aujourd’hui plus nettement que jamais que c’est vers la création qu’il faut s’orienter ! Les jeunes le savent et semblent y œuvrer naturellement.

Le slow-made, c’est ça : prendre le temps de faire les choses et les métiers d’art portent ce parti-pris en incarnant une certaine sagesse, un art de vivre. Les JEMA 2014 vont au travers de leur thématique, « Le temps de la création », relayer résolument ce message. »

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