Rencontre avec Christophe Bret : entre fonctionnalité et esthétique

« Je suis ébéniste designer, c’est à dire que je crée et réalise du mobilier en couplant techniques traditionnelles, fonctionnalités et lignes novatrices.

Chaque pièce conçue et produite est soit le fruit d’une demande sur mesure d’un particulier ou d’un architecte, soit la résultante d’un processus créatif visant à inscrire une pièce limitée à quelques exemplaires dans une collection.

Mon travail associe les traditionnels placages de bois précieux aux bois massifs nobles, ainsi que sur certaines créations des matériaux modernes tels que les composites issus de l’industrie de pointe, qui peuvent conférer des caractéristiques mécaniques et esthétiques inimitables.

Je porte une grande attention aux proportions et à la fluidité des lignes, c’est un des piliers de mon travail. Une économie apparente de détails peut à mon sens révéler la juste harmonie entre fonctionnalité et esthétisme, c’est en cela que je m’inscris dans une certaine influence scandinave réchauffée par l’héritage du classicisme à la Française !

Dans l'atelier, Christophe Bret © 2014

Dans l’atelier, Christophe Bret © 2014

Vous avez suivi deux formations : une d’ébéniste à l’école Boulle, puis une de designer en Finlande. Pourquoi ce choix ?

Préalablement diplômé d’un Bac Pro ébénisterie, j’ai alors eu la joie de découvrir que le technicien pouvait ajouter de nouvelles cordes à son arc ! La formation Diplôme des Métiers d’Art à l’école Boulle m’a initié aux fondements du processus créatif appliqué au mobilier. La curiosité et la soif d’affiner mes sensibilités se faisant toujours plus grande, c’est tout naturellement que j’ai décidé de prolonger mes études en Finlande, patrie d’Aalto et autre Wirkkala. Je ressens une certaine familiarité entre mes aspirations et l’ « esprit » finnois. Immergé 8 mois dans ce particulier rapport de l’homme à l’objet, j’ai eu le sentiment de progresser, mon travail actuel en est quotidiennement empreint.

Fauteuils FRAGMENTS, Christophe Bret ©

Fauteuils FRAGMENTS, Christophe Bret ©

Conseilleriez-vous une expérience à l’étranger à de jeunes artisans d’art ?

Oui, je conseillerais à tout artisan d’art une expérience à l’étranger. Etudes, résidences d’artistes, ou simples rencontres professionnelles hors de nos frontières sont autant de contextes qui enrichissent nos visions, nous stimulent, nous rendent humbles, car la curiosité reste à mon sens une forme d’énergie indissociable à la créativité.

Que représentent ces Journées Européennes des Métiers d’Art pour vous, et qu’attendez-vous de l’édition 2014 ?

Cet événement annuel permet de présenter l’envers du décor, de créer un lien avec un public dont la curiosité croissante à l’encontre des métiers d’art est réjouissante et laisse présager un bel avenir à ces particularismes culturels.

À l’heure où la société est en pleine mutation et en recherche de valeurs, les métiers d’art offrent des marqueurs temporels durables, fruits d’un contexte social et d’héritages précieux, c’est une part de notre histoire commune qu’aident à écrire tous ces passionnés de savoir-faire et de poésie !

Il me paraît donc important de participer à ces journées, l’enjeu est précieux ! L’édition 2014 me permettra de faire découvrir mon nouvel atelier, d’y présenter le fruit de mes recherches, expérimentations, ainsi que des pièces de création.

Console BENT, Christophe Bret ©

Console BENT, Christophe Bret ©

Le temps de la création, ou « slow-made », est cette année à l’honneur. Quel regard portez-vous sur cette notion dans votre activité ?

Cette notion différencie industrie et artisanat. Chaque pièce produite artisanalement est un prototype avec ce que cela sous-entend comme réflexions et expérimentations, donc du temps, seul un travail en série limitée peut éventuellement diminuer le coût de cette pièce. Contrairement à cela, un industriel qui développe un nouveau produit, ce qui sous-entend encore une fois prototypage, études…, en répercute le coût sur une production sérielle souvent massive, car il en dispose les outils et là est sa vocation. L’artisan qui plus est d’art, a pour vocation à mon sens de produire du rêve, de faire vivre des techniques ancestrales et de les amener à évoluer, mais aussi d’être un lien entre une époque, son histoire, et les générations futures. Comprendrait-on si bien les civilisations antiques sans traces de leurs poteries ou de leur ferronnerie ?

Mon activité d’ébéniste designer nécessite de longues investigations pour marier fonctionnalité et esthétique harmonieusement, ce temps doit pouvoir être retrouvé économiquement parlant afin de pérenniser l’activité et donner vie à des pièces toujours plus ambitieuses.

Christophe Bret, 2014, DR

Christophe Bret, 2014, DR

Il est donc très important de comprendre qu’on ne peut créer à échelle artisanale donc à échelle humaine sans y consacrer les temps nécessaires, cette notion de « slow-made » synthétise toute les variantes indispensables à la création et j’espère bien que cette édition 2014 des JEMA permettra d’y sensibiliser le public. »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s